LA REVUE DU GOLFE DE
SAINT-TROPEZ

Pays des Maures

n°33 Mai / Juin 1999
pages 53 à 59

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---D E C O U V E R T E---

"Les mystères de Grimaud"

   Un mystère presque total règne autour des origines de Grimaud puisque les archives de la commune ont disparu depuis longtemps. Affirmer que le nom du village tient d'une appartenance lointaine avec une famille Grimaldi n'est pas faux puisque rien ne vient vraiment l'attester ni le contredire.
Pas d'archives, pas d'histoires, rien que des légendes ! Même le premier nom de Grimaud, Athénopolis, d'origine grecque, s'efface des mémoires dès 46 avant J-C !

 

 

 

Goûtez aux ruelles entrelacées...

Bâti sur sa colline, loin du tumulte de la plaine, des échanges et des plaisirs faciles du littoral, Grimaud affiche une nature plus calme, moins intrépide, plus en retrait. Quelques anciens écrits disent que les premières pierres furent assemblées six siècles environ avant J-C. C'est si loin. En ces temps reculés, la mer battait encore les flans de la colline. La plaine n'était pas encore ce long dépôt d'alluvions. Bien sûr qu'il subsiste quand même quelques traces de l'histoire du village.
L'église, les chapelles (très nombreuses), le moulin et ce château féodal ne sont pas surgis de nulle part. Aussi, si le cur vous en dit, nous vous invitons à pénétrer derrière les rues étroites et pittoresques de ce charmant petit village en pierres dont les noms évoquent avec gourmandise la Provence authentique. Dans notre histoire, nous laisserons volontairement de côté la façade maritime de Grimaud (Port-Grimaud et Beauvallon) pour ne regarder que la partie médiévale, loin des marécages des années 60 qu'un architecte visionnaire et magicien, François Spoerry, auquel il faut bien rendre hommage, allait transformer en ce que l'on sait !

Avant de gravir les pentes qui montent au vieux château que l'histoire de la Provence a traversé de part en part, avant de découvrir le moulin de Saint-Roch restauré qui a recouvré ses jeunes ailes d'antan, goûtez donc aux ruelles entrelacées, mi-ombre mi-lumière, du village, à ses portiques, à ses escaliers de pierre en guingois, à ses lourdes portes en bois clouté, à ses façades cachées sous les bougainvilliers, à ces fenêtres aux rideaux brodés, à tous ces passages escarpés qui se glissent entre les murs épais des maisons.

Naturellement, le château est la construction culminante du village. C'est aussi son emblème. On le retrouve dans ses armoiries. Construit là pour protéger les habitants, il servait de rempart aux autres villages plus en retrait dans les collines et verrouillait les vallées vers La Garde-Freinet, Cogolin et après, jusqu'à la Via Aurélienne. Tout aussi naturellement, les habitations se sont imposées sur le flan sud, certes le plus enchanteur pour sa vue imprenable sur le golfe, mais aussi le plus abrité du Mistral, ce vent frais qui vient du Nord et qui chasse les nuages au large.

Lorsqu'on monte au village, ou lorsqu'on songe à Grimaud, c'est bien sûr à cette forteresse à laquelle on pense, à ce château au fier donjon, aux tours abolies et au chemin de ronde en ruine qui domine, qu'on aperçoit de la plaine, qui surprend et qui attire le visiteur comme un aimant. D'autant que les constructions actuelles lui ont laissé du champ, un recul qui pose l'édifice dans un écrin de verdure sauvage. Et lorsque le mistral justement vient à souffler, le château hérité des Castellane paraît assis sur un velours bleu royal.

 

 

 

 

 

A François de Castellane !

Au Xème siècle, on sait que les moines de Lérins aidèrent à la reconstruction du village et à la réhabilitation de son agriculture. Est-ce en ces temps moins éloignés, vers 970, que les habitants profitèrent de sa restauration pour donner à leur village le nom d'un chevalier, Gibelin de Grimaldis, héros de guerres passées ? C'est ce que l'on dit. Certes, Grimaldis, allié du Comte de Provence Guillaume 1er, fut propriétaire des terres alentour. En tout cas, Gibelin construisit aussitôt des défenses à son nouveau territoire : la tour de Saint-Tropez, d'une part, la tour de Grimaud, de l'autre, avec son donjon, le corps du château et le grand rempart. Jusqu'au XVème siècle, il subit assauts, destructions et restaurations en tout genre. Ce n'est qu'en 1645 que François de Castellane acquit la propriété. Et malgré la Révolution Française et tout ce qui s'en suivit, le château ne quitta pas l'escarcelle de ses descendants. Et c'est encore vrai aujourd'hui.

Saint-Roch, le protecteur

Chapelle et moulin se partagent le patronyme de Saint-Roch. L'une est un petit chef d'uvre du XIVème siècle, construit dans le plus pur style Roman, qui domine la plaine. Le second faisait tourner ses ailes comme ceux de Saint-Tropez (sur la colline de la citadelle) ou de Gassin (à Paillas) ou comme ses voisins de Pierredon ou des Roberts pour moudre le grain. La chapelle et le moulin sont-ils contemporains ? C'est presque certain. En fait, le culte de Saint-Roch est lié à la protection de la peste. Entré maintenant dans l'oubli, Saint-Roch était au XIVème siècle un personnage hors du commun dont le nom serait aujourd'hui l'égal de Mère Thérésa ou de l'Abbé Pierre. A l'écart du village, le moulin, est exposé à tous les vents. Cet emplacement favorable lui permet de profiter des moindres brises qui se manifestent. D'ailleurs de récents travaux de restauration réalisés par des Compagnons du Tour de France, ont permis de rétablir dans son intégralité ses dispositions caractéristiques d'origine. Le moulin de Grimaud est "d'autant plus rare qu'il est complet et en mesure de broyer du grain".