LA REVUE DU GOLFE DE
SAINT-TROPEZ

Pays des Maures

n°30 Mai / Juin 1998
pages 43 à 49

Texte : Henri Lameyre
Photos : Jean-Marc Fichaux

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---D E C O U V E R T E---

"La citadelle"

  Avant d'entretenir sa réputation avec ses dorénavant célèbres Nuits Musicales, la citadelle de Saint-Tropez a connu quelques années troublées. Et si aujourd'hui, la forteresse fait partie du circuit classique des monuments incontournables qu'on visite, il n'en a pas toujours été ainsi. Longtemps, les tropéziens ont voué une haine profonde contre ce royal bâtiment. Et paradoxalement, alors qu'elle était supposée les protéger, ce sont eux qui sont montés le plus souvent à son assaut !

Etes-vous pour ou contre la citadelle ? En 1998, la question peut sembler incongrue. Et pourtant, elle a alimenté des siècles de conversation et de pugilat ! Récemment encore, lors de son rachat par la Ville, les tropéziens furent divisés. C'était il y a 5 ans. Car la citadelle n'est véritablement tropézienne que depuis 1993 ! En route donc pour une visite historique.

J'appelle au générique les Rois de France et de Navarre, Comtes de Provence, catholiques et protestants. Du haut de ces remparts, 400 années nous contemplent !

Du rififi sur la colline !

Il semble que 1583 soit à peu près la date d'origine de sa construction. Ses plans étaient à l'étude depuis Henri II et Charles IX.
Mais c'est sous Henri III que le Maréchal de Villars, Gouverneur, fut sollicité pour suivre les travaux. Auparavant, le paysage offrait au regard la vision paisible d'une colline que le mistral arrosait déjà et qui répondait au nom de "Colline des Moulins". Nous sommes en 1589. Jean-Louis de Nogaret, Duc d'Epernon, Gouverneur de la Provence et, accessoirement, "Mignon du Roi", offre 6 000 écus d'or pour que ladite colline soit fortifiée et incluse dans les murailles de la ville. Imagina-t-il ce jour-là les années de remous qu'il allait soulever en prenant cette décision ? Car, dès cet instant, face à un Pouvoir favorable à la construction de l'édifice, se dressa tout un village d'irréductibles qui ne souhaita jamais une telle "couverture" militaire !
Dès le départ de cette aventure architecturale, les tropéziens eurent comme l'intuition que ce bâtiment stratégique pourrait un jour se retourner contre le Roi, ce que les faits ne désapprouvèrent pas ultérieurement. Dès l'année 1592, la forteresse commence à faire de l'ombre au petit port. En France, catholiques et protestants continuent de s'affronter. En Provence, le Comte de Carcès invite les tropéziens à se joindre à la Ligue, qui opposait Henri III le catholique à la famille de Guise, calvinistes et chefs des Ligueurs.
La patience des villageois est à vif. Deux ans après, s'adressant directement à Henri IV, le Bon Roi Henri pour qui "Paris valait bien une messe", ils sollicitent la suppression pure et simple de la citadelle tout en rappelant la fidélité qu'ils maintiennent à leur souverain.


La Citadelle va être démolie !

1596 est une grande date dans la résistance tropézienne qui oppose farouches adversaires et partisans du fortin. Restée fidèle au Roi, la population repousse l'attaque de 3000 assaillants, puis les tropéziens montent à la Citadelle pour en prendre possession.

Touché par la fidélité inébranlable de ses sujets tropéziens et sensible à leur incessante requête, Henri IV, le Vert Galand, leur fait répondre "qu'il entend que la colline des Moulins n'ait aucune citadelle, ni forme d'icelle, et que s'il en est une, elle soit démolie".

 

La nouvelle est accueillie au village avec la joie qu'on imagine.
Le Conseil communal, réuni dans la ferveur, décide alors de demander aux hommes de raser, avant tout autre ouvrage, la forteresse.
Les femmes ayant été sollicitées pour cet acte salutaire, prouvant là qu'elles étaient solidaires, il est décidé qu'elles percevront cinq "carolus" pour une journée de travail, soit la moitié du salaire des hommes A la fin de l'année, la citadelle est en partie démolie.

Et l'édit de Nantes est signé en 1598. A l'assaut pour la eNième fois ! Las, en 1602, le commandant de la marine du Levant passe outre le voeu des tropéziens. Il donne l'ordre de la reconstruction de la place militaire. Un maçon de Saint-Tropez est requis !

Le 23 septembre de la même année, au nom du Gouverneur de Provence, le Duc de Guise, le Commissaire général de la marine signe l'acte de construction du donjon de la future Citadelle, plans à l'appui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les tropéziens voient disparaître définitivement en quelques mois leur espoir de retrouver intacte un jour leur colline aux Moulins !
De nouveau, les murs d'enceinte s'élèvent, créant une ombre matinale sur la cité ! En 1607, le donjon est achevé. Trois ans plus tard, devant la menace d'une guerre avec l'Espagne, on fait immédiatement renforcer les fortifications. Et les tours et les bastions de Saint-Tropez sont rehaussés, consolidés et armés.
Mais, loin de faiblir, en 1652, lors de la Fronde Provençale, les infatigables tropéziens reprennent la citadelle aux Sabreurs. .

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