- Ramatuelle le jardin de Provence - | Texte : Henri Lameyre | Photos : Jean-Marc Fichaux Article de La Revue du golfe de Saint-Tropez (n°31) |
| Avant d'aller découvrir les ruelles sinueuses enjambées de voûtes et d'arcs de Ramatuelle, la maison seigneuriale au centre du village avec son joli marteau de bronze et sa cheminée en bois, les portes anciennes en plein cintre, avant d'aller retrouver les vestiges des fortifications avec, à l'est, la porte dite "des Sarrasins", je souhaiterais vous avertir d'une chose : j'ai toujours détesté la visite avec les parents de ces monuments, la plupart en ruine, qui ventaient les mérites d'illustres inconnus le plus souvent disparus. Alors, de grâce, si vos enfants rechignent à vous suivre dans cette excursion pédestre, confiez-les à la terrasse d'un des cafés de la place de l'Ormeau. On leur servira, durant vos pérégrinations, une limonade sous la tonnelle. Ils seront bien à écouter les cigales ! Sans oublier la Saint Dindon...
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| Rahmatu'llah ou Ramatullici ? On prête au nom de Ramatuelle deux origines : l'une a l'accent du sud : Rahmatu'llah ! Ce qui en arabe signifierait "providence divine" ou "bénie des Dieux", l'occupation sarrasine du Xe siècle pouvant expliquer cette racine chantante. L'autre, plus ancienne, remonterait à une peuplade celto ligure, autrement dit des Gaulois, qui se serait établie sur les rives du Gapeau, près de l'actuel Toulon, quand survint la conquête romaine. Ce groupe fut chassé de ses rivages et se réfugia dans l'arrière-pays boisé et protecteur qui domine le golfe de Saint-Tropez. Cette peuplade, du nom de Camatullici, se serait alors fixée sur l'emplacement actuel du village ou du moins à proximité. Et le "R" de Regio (région) Camatullicorum aurait remplacé le "C" pour devenir Ramatullici puis Ramatuelle.
Quoi qu'il en soit, Ramatuelle fut donc dès son origine une petite bourgade isolée du monde extérieur par la chaîne des Maures et la mer, et sa population vécut très longtemps repliée sur elle-même, à l'abri des remous de l'histoire. Sauf celle de la Saint-Dindon ! Entre pierres et rochers ! La route qui monte au village tourbillonne entre les chênes-lièges et les pins parasols, comme si elle hésitait avant d'entrer dans la place ! Suivant l'axe unique de la circulation, vous longerez d'abord l'enceinte circulaire des anciens remparts. Garez-vous ! Au passage, si l'il vous en dit, vous remarquerez certains encadrements de portes et de fenêtres du début du XVII ème siècle. A quelques mètres, rue du Moulin Roux, la porte Sarrasine a conservé son aspect d'origine. De l'intérieur, on distingue encore la glissière de la herse. La pierre porte encore les marques des gonds installés en 1792 pour fermer l'entrée à l'aide de deux vantaux. On s'est battu dans ces recoins, on s'est tué, la pierre saignait... Poursuivant vers la rue du Clocher, un petit bâtiment blanc sans toit, aux formes arrondies, retiendra sûrement votre regard. Il date de Napoléon III dont la nomination à la tête de l'Empire souleva des liesses dans le village et donna lieu à libations. Ce sont d'anciennes prisons. Elles furent construites sous l'Empereur dans le style arabisant. Rue Rompe Cu et alentour  La rue Saint-Esprit est à côté. Engouffrez-vous ! Vous pénétrez dans le centre du village. On dirait un labyrinthe. Ruelles étroites se succèdent. Attention, elles sont en pente et en gradins. Des passages évitent de trop tourner et permettent de passer en traverse de la place de l'Ormeau à la porte Sarrasine en glissant par la rue Rompe Cu, c'est dire si en hiver !... Sur l'actuelle place Gabriel Péri, autrefois "du Château", se dresse l'ancienne demeure seigneuriale des Audibert. C'est l'un des derniers seigneurs du village qui laissa plutôt mauvaise impression olfactive et des dettes envers la commune dont il ne s'acquitta jamais. Adossée aux anciens remparts dont le chemin de ronde court encore sur la toiture, l'église paroissiale est du XVI ème siècle. Vous remarquerez à l'intérieur, dans une niche, deux statuettes en bois doré du XVI ème siècle  et un buste de Saint-André taillé dans une souche de figuier. Saint-André est le patron de Ramatuelle. Et Notre-Dame le nom de l'église paroissiale. Si tant de lieux ramatuellois portent le nom de sarrasin, c'est bien parce que les barbares mauresques occupèrent au VIII ème siècle Ramatuelle et la région en rançonnant les habitants. Mais en 972, Guillaume 1er, comte de Provence, mit fin à leurs méfaits (Ouf !). C'est de cette époque que datent les hautes murailles qui entouraient le village. Mais pas encore la Saint-Dindon !
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